« La pince et les gants »
J'approche de ma première friche, un grand bâtiment abandonné. Je le devine de loin mais ne sais pas encore ce qui m'attend dedans.
A l'entrée, j'hésite par où passer. Un autre fricheur, rangeant son matériel, m'indique un passage que je me fais une joie d'emprunter.
Et là, c'est le choc. Je me trouve au pied de six étages d'abandon, de rouille, et de beauté mélangés. La gorge serrée, je ressens pour la première fois ce sentiment d'humilité et de respect que je retrouve dans chaque lieu abandonné. Je ne suis plus rien, la friche est tout. Silence, odeur, lumière surtout. Comme dans une cathédrale.
Depuis, chaque semaine ou presque, j'arpente ces mémoires de béton et de rouille, cherchant à capter sur mes clichés un fragment de ce que je vis au fond de moi de manière toujours aussi intense.